La Salle de bains, espace d'art contemporain, Lyon

Du 19 juin au 31 juillet 2010


Addendum

Sara MacKillop


ainsi que


Discrétion/Détermination

avec Pierre-Olivier Arnaud, Elena Bajo, Nicolas Guiot, Shaan Syed et Adam Thompson.

Carton de l'exposition.

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La présente exposition à La Salle de Bains s'articule en deux propositions parallèles: l'exposition personnelle de l'artiste britannique Sara MacKillop intitulée Addendum et l'exposition collective Discrétion/Détermination rassemblant des œuvres de Pierre-Olivier Arnaud, Elena Bajo, Nicolas Guiot, Shaan Syed et Adam Thompson.

Sara MacKillop travaille à partir de livres, de pochettes de disques, de fournitures de papeterie, de papiers anciens, d'étiquettes, d'oeillets ou encore d'enveloppes. Sa démarche procède autant de la collectionnite que de la flânerie, et résulte de ce que Sara MacKillop réunit au gré des disponibilités dans les librairies, papeteries, magasins de disques ou de livres d'occasion. Ainsi, elle sélectionne des produits, puis les détourne de leur fonction première.

Des livres, elle n'utilise jamais le texte, elle n'en extrait par exemple que les pages sur lesquelles la lumière et le temps ont laissé leurs traces. Par l'assemblage de ces feuilles, elle reconstitue un volume en perspective, tel d'un livre fantôme ou un livre devenu vierge avec le temps. Ces livres ou volumes abstraits aplatis jouent sur une illusion optique mais se retrouvent finalement encadrés et accrochés au mur comme des images ou des compositions à l'esthétique moderniste.

Sara MacKillop opère systématiquement par ce geste poétique qui consiste à déplacer le regard sur les marges de l'objet, sur les détails de sa structure qui accueille, protège et transmet le contenu ou l'information (qu'il s'agisse de texte, d'image ou de musique). Le titre d'Addendum sous-tend ce décalage, cette approche différente des codes selon lesquels sont véhiculées des données. Le titre fait référence au domaine de l'administration, du juridique et de l'édition, et plus précisément au protocole qui autorise à insérer une note additionnelle accompagnant le corps ou le contenu principal d'un document.

L'artiste révèle ces produits de consommation sous un angle différent, par le biais de manipulations ou de gestes légers, voire infimes. Ces renouvellements reposent parfois tout simplement sur le principe même de l'exposition. Sara MacKillop nous propose de contempler ces objets (de les considérer hors de leur usage ordinaire) simplement présenter selon des codes et avec des outils inhérents à l'exposition (par exemple cadres, socles ou tables) – mais s'agit-il seulement de les proposer dans une situation ou un contexte inhabituels ?

Ces artefacts sont sélectionnés par l'artiste pour leurs qualités visuelles et plastiques, pour les possibilités multiples qu'ils recouvrent en tant que signes ou propositions formelles, interrogeant ainsi leur potentielle obsolescence. Discrets, censés s'effacer en tant que tel, selon l'usage courant qui en est fait, ces produits réapparaissent ici. Tel le papier peint, dont l'ajustement des laies, retravaillé ou "dé-standardisé" irrite au premier abord. Il vient perturber l'espace, plutôt que de décorer, de souligner ou encore d'harmoniser l'accrochage par ces motifs cinétiques et la subtilité de ces couleurs.

Certes l'effet quelque peu nostalgique de l'ensemble est séduisant et l'espace qui sépare les œuvres est comme apaisé, suscitant le calme voire la sérénité. Comme l'explique l'artiste: "l'exposition n'est pas vide, mais soigneusement ponctuée". L'esthétique d'une poésie du quotidien, contrastée par la beauté d'une compilation toute obsessionnelle, alimente la pratique de Sara MacKillop.

En regard d'Addendum, l’exposition collective Discrétion/Détermination réunit des processus artistiques participant de la sélections d’objets ou d’images trouvés et de la destruction ou de la déconstruction de la photographie et de la peinture.

Discrétion/Détermination fait suite à la rencontre récente du commissaire avec chacun des artistes et aux coïncidences formelles et conceptuelles qui lient entre elles chacune des œuvres présentées.

Les points communs entre chaque œuvre peuvent sembler purement formels et les œuvres parfois anecdotiques quant on connaît la pratique de chaque artiste. Cependant, malgré la diversité des pratiques artistiques rassemblées, la sélection formelle a opéré tel un dénominateur commun ou un vecteur conduisant à questionner l'intensité du geste artistique, sa radicalité, le degré d'intentionnalité et sa perceptibilité ou encore le fait qu'une partie du processus ou de l'objet physique lui-même demeure cachée, absente ou invisible.

L'homogénéité visuelle, la grammaire formelle de l'exposition (matériaux bruts, abîmés ou délabrés) et son accrochage tendent à lisser l'ensemble. Il n'est pas évident au premier abord de distinguer les œuvres les unes par rapport aux autres, de savoir si elles existent seules ou si elles sont constituées de plusieurs éléments juxtaposés. Par exemple, la mise en espace de la deuxième petite salle suscite bien des interrogations: s'agirait-il d'une seule et même œuvre déployée sur plusieurs les murs?

Cette question ne se pose probablement pas pour la Peinture Ecrasée de Nicolas Guiot qui par un geste performatif et radical plaque l'endroit du tableau au mur, rendant la surface picturale invisible et libérant ainsi une coulure jaune qui se répand du mur au sol. Il en est de même pour Is music the essence of words? I wrote messages but received no reply (2010) [1] d'Elena Bajo. Ces peintures décharnées dont il ne reste que des châssis imbriqués les uns dans les autres sont maintenus de façon précaire par de l'adhésif. Vandalisme puis reconstruction primaire, ces gestes érigent une structure ou sculpture ajourée, faites de peintures à travers lesquelles il est de nouveau possible de voir.

L'autonomie de ces œuvres est plus facilement saisissable, notamment du fait de leur impact visuel et de leur singularité plastique. En comparaison avec les autres œuvres de l'exposition, celles-ci se dénotent par leur approche plus littérale de la déconstruction voire du degré zéro de la peinture.


Les peintures de Shaan Syed, composées d'huile de lin ou de moteur sur toile brute, interrogent également la matérialité de la peinture, notamment par l'absence de pigment et l'utilisation du liant pur. Ce geste accidentel qui s'est produit dans l'atelier, ne s'est pas interrompu et a même été prolongé dans la réalisation d'une série. L'huile continue de pénétrer, de se répandre voire de tâcher le tissu de la toile. L'œuvre est ainsi en permanente évolution, la toile s'auto-détériorant au fil du temps. Cette série de peintures est in progress, leur exposition, ici puis ailleurs, consiste donc en la présentation d'une succession d'états éphémères.

Les peintures de Shaan Syed sont donc ainsi mises en regard de la Peinture Ecrasée de Nicolas Guiot (dont chaque réalisation est unique) et de la fragilité des châssis assemblés d'Elena Bajo. La suite logique de cette sculpture serait-elle d'ailleurs d'être démantelée, les châssis redéposés dans la rue, vendus aux puces ou différemment recyclés?

Le réemploi et l'accident sont également des aspects récurrents de la pratique d'Adam Thompson qui livre une série de panneaux d’affichages solarisés trouvés tels quels dans la rue. Les traces des affiches qui y étaient anciennement accrochées demeurent en négatif.

Ces objets trouvés impliquent l'existence physique d'une œuvre latente (donc pas uniquement préexistante dans l'imagination de l'artiste). L'objet jugé obsolète ou inefficace, déposé dans la rue par une personne lambda tel un déchet, serait comme endormi ou en thanatose[2]. Puis il est réactivé par l'artiste et devient oeuvre. Ce processus entropique consiste soit en une sélection, combinée ensuite à une invitation implicite qui vise à reconsidérer l'objet, soit en une intervention minime ou imperceptible pour le spectateur. Par exemple, le cadre en aluminium du grand panneau d'affichage a été réalisé par Adam Thompson puis ajouté à l'objet trouvé. De même l'œuvre de Pierre- Olivier Arnaud, qui se compose de quatre éléments (une feuille comportant du texte, deux impressions et un cadre vide) résulte d'une opération de sélection parmi des objets et images (imprimées ou digitales) considérés comme des "déchets" de notre société.

Hormis la décision d'être exposé au sol, le cadre vide à la vitre brisée n'a subi aucune intervention de la part de l'artiste depuis qu'il a été trouvé. Quant aux autres éléments, l'artiste a donc opéré un second tri, cette fois-ci parmi les rebuts de son atelier, afin de choisir des images et des textes qui avaient préalablement subi une intervention minime ou difficilement intelligible. Le texte imprimé sur une feuille froissée et encadrée compile trois titres provisoires d'exposition que l'artiste a trouvé sur des sites Internet et qu'il a ensuite copié-collé. Pierre-Olivier Arnaud joue sur la temporalité de l'image, sur le temps de sa construction, de son apparition, de sa disparition et sur les effets de révélation ou de retardement. Le sens même de ces trois titres annonce un événement à venir ou différer et impliquent une réalisation potentielle (les titres sont provisoires, ils attestent des possibilités et pourront ultérieurement être choisis ou non, donc disparaître ou rester).

Toutes les œuvres ici rassemblées interrogent les rapports entre dématérialisation et réitération de la matérialité de l'oeuvre. Décoloration, effacement, délavage ou fondu-enchaîné, toutes les œuvres sont comme en transition, mais ont en commun d'affirmer des formes de résistances: résistance des matériaux, résistance de la peinture ou de la photographie, résistance de l'image, résistance de l'objet. Autant d'intentions dont émerge une seule et même question: comment résister au réel?


[1] La musique est-elle l'essence des mots? J'ai écrit des messages, mais je n'ai reçu aucune réponse.

[2] Chez les animaux ou les insectes, simulation de la mort par un arrêt de la respiration. Autres gestes minimes par lesquels l'artiste opère, le recadrage, la désaturation des noirs et des blancs ou le paramétrage automatique de l'imprimante viennent altérer l'image et la transforme en motif abstrait.

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Site de Sara MacKillop

Galerie de Pierre-Olivier Arnaud

Site de Elena Bajo

Site de Shaan Syed

Site de Adam Thompson

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Articles de presse

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Addendum

Sara MacKillop

Discrétion/Détermination

avec Pierre-Olivier Arnaud, Elena Bajo, Nicolas Guiot, Shaan Syed et Adam Thompson.

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