LA SALLE DE BAINS
CENTRE D’ART CONTEMPORAIN, LYON

EXPOSITION EN COURS

Ernst Caramelle
sans titre

18 avr. — 07 juin 2014

Commissariat de l'exposition : Caroline Soyez-Petithomme

______________________________

L’image du carton d’invitation constitue une des possibles entrées dans l’exposition « Sans titre » de l’artiste autrichien Ernst Caramelle. Il s’agit de la valise dans laquelle le peintre range ses pinceaux, éponges et esquisses de futures peintures. Elle incarne de manière presque emblématique ce qui a fait la renommée de l’artiste au cours de ses quarante dernières années : des peintures murales abstraites et éphémères qui jouent avec l’architecture du lieu d’exposition. Cette image s’avère également, non sans humour, archétypale de l’idée du peintre se déplaçant avec ses couleurs comme avec un atelier portatif. Ernst Caramelle voyage pour réaliser des peintures uniques qui ne sont donc ni transportables ni transposables.

La matérialité des peintures et l’économie de moyens dont elles résultent — des pigments purs dilués dans de l’eau et appliqués directement à l’aide d’un pinceau ou d’une éponge sur un mur non-préparé — portent en eux une certaine forme de légèreté mais aussi de fragilité qui persiste après l’intervention de l’artiste. Bien qu’il ait cessé de réaliser des performances dès les années quatre-vingt, la réalisation de ses peintures peut être comprise comme une forme résiduelle, minimale et invisible, de performance. Cette fragilité réside également dans un ensemble de critères qui se déduisent des peintures : la présence de l’artiste demeure indispensable tout comme son appréhension aiguisée des contraintes architecturales et le savoir-faire qu’il a élaboré au fil de sa carrière. Le choix de ne pas rendre transmissible la réalisation de ses peintures est radical puisqu’Ernst Caramelle n’a jamais réalisé de peintures sur toiles ou sur bois. En outre, a contrario de certains artistes conceptuels, comme par exemple Sol Lewitt, Ernst Caramelle n’accompagne pas ses peintures d’un certificat ou d’instructions qui permettraient de refaire l’œuvre ici ou ailleurs, programmant ainsi la disparition de la majeure partie de son œuvre et rendant impossible toute rétrospective au sens strict du terme.

Pour La Salle de bains à Lyon, l’artiste a réalisé plusieurs peintures in situ qu’il a entrepris de faire dialoguer avec une partie de sa collection d’images anonymes, qui constitue le pendant graphique et pérenne de son travail pictural. Contre toute attente, les peintures n’ont rien de monumentales, elles ne se confrontent pas au lieu de manière frontale mais occupent subtilement les retours des murs, les espaces de transition entre chaque salle, laissant ainsi une large place aux images sérigraphiées. Ces dernières sont des collages ou montages d’images trouvées à partir desquelles l’artiste perpétuent des agencements ou variations, ces posters sont pour la plupart des éditions non numérotées et non signées redoublant ainsi leur anonymat.

La transparence des peintures qui révèlent les surfaces plutôt qu’elles ne leur font écran ou ne les obstruent répond aux effets de transparence et de superpositions des compositions réalisées avec des images trouvées. Les rectangles et découpes créées par les peintures laissent supposer que les compositions picturales pourraient être les esquisses ou maquettes de futurs collages, les zones de couleurs abstraites seraient alors remplacées par des images. Cette juxtaposition de peintures abstraites et d’images se poursuit dans les livres d’artistes disposés à l’entrée de l’exposition pointant ainsi qu’Ernst Caramelle ne pratique pas une peinture conceptuelle abstraite dogmatique ou orthodoxe, que tout demeure ouvert, en perpétuelle évolution ; et en contre-point de la maîtrise de l’espace et de la couleur qui sont en quelque sorte devenus ses marques de fabriques, l’imprévu, l’aléatoire et l’accident font toujours partie intégrante de son processus de création.